Chronique d'une Naissance (4ème Partie)
Article de : souleou83
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Et la vie continue… Cependant, à l’automne 1930, la mairie de Marseille ayant
depuis quelque temps déjà laissé entrevoir sa volonté d’imposer des conditions
restrictives à la fréquentation du Frioul, beaucoup parmi les Naturistes de
Provence comprennent qu’ils ne pourront pas continuer à s’investir dans
l’aménagement de locaux soumis au bon vouloir de l’équipe municipale en place.
Il semble que le Frioul ait été définitivement abandonné en 1931. Quant à Ellis,
après avoir lancé plusieurs appels dès juillet 1930 pour trouver un autre
terrain, il finira par réaliser un nouveau centre sur Arles avant de provoquer
la scission du mouvement marseillais en créant en 1931 son propre groupe des «
Libres Culturistes de Provence ».
Dans le numéro 81 du 15 novembre 1930, on peut lire que les Naturistes de
Provence disposent maintenant d’un centre gymnique à Arles :

« Les camarades qui désirent faire un séjour dans notre centre d’Arles, situé en
plein cœur de la ville, terrain de10 hectares, n’ont qu’à écrire au Secrétariat
pour tous renseignements. Possibilité de couchage et de nourriture végétarienne
des produits de la ferme au prix de gros. Les adeptes de la libre-culture de la
région d’Arles peuvent également se mettre en rapport avec notre secrétaire pour
faire partie de l’association des « Amis de Vivre », indépendamment du terrain,
ils auront la possibilité de pratiquer en Camargue.
Les réalisations régulières par les adeptes des Naturistes de Provence sont le
meilleur stimulant pour le mouvement.

Les départs pour le centre ont lieu tous les dimanches. Facultatifs, le jeudi et
le samedi pendant l’hiver. Se faire inscrire au siège. Permanence le mardi et le
vendredi de 7 heures à 8 heures. »
Les restrictions imposées par la mairie se concrétisent dès le printemps 1931.
En effet, dans le numéro 90 du 1er avril 1931, on peut lire :
« Les Naturistes de Provence réunis en assemblée générale annuelle le 26 février
ont procédé au renouvellement de leur Bureau. Le docteur Fenouil est toujours
président. Les autres membres sont : Vice-Présidents : Mme Pinguet, M. Souzy,
Secrétaire Général : M. Pierre Pinguet, Secrétaires Adjoints : Mme Rancurel, M.
Cantuel, Trésorier : M. Chaussabel, Bibliothécaire : M. Blanc, Conseil Juridique
: M. De Faucher. Au cours de cette Assemblée, il a été décidé de transférer le
Siège social de l’Association rue des Fabres n°7, à Marseille.
C’est dans ce local que se tiennent les permanences tous les lundis soir
entre 19 et 20 heures (…). A la suite d’une récente décision de l’Administration
de laquelle relève le centre des Naturistes de Provence, l’accès à ce centre
n’est plus autorisé qu’aux membres régulièrement inscrits à cette association
habitant Marseille, de nationalité française, et porteurs d’une carte délivrée
par l’Administration compétente.

Vu cet état de choses, les Naturistes de Provence ne pourront plus, à leur
grand regret, recevoir des camarades de passage à Marseille et s’en excusent
auprès d’eux. Ils le feraient cependant avec beaucoup de plaisir si les
circonstances leur permettaient d’avoir un centre non soumis au contrôle d’une
administration. »
Si Dudley Ellis et quelques autres ne sont plus mentionnés et si le Siège social
des Naturistes de Provence a quitté les bureaux de son agence publicitaire,
c’est parce qu’en désaccord avec les nouvelles règles imposées par la
municipalité, ils viennent de fonder un nouveau groupe dont la création sera
rapportée dans le numéro 93 du 15 mai 1931 :
« Nous recevons le communiqué ci-dessous qui nous annonce la formation à
Marseille de l’Association libre-culturiste de Provence : L’Association envoie à
ses camarades libres-culturistes son salut fraternel et les informe qu’elle
recevra volontiers à son siège tous les libres-culturistes sans distinction de
nationalité, de rang social ou de religion.
Le Bureau est ainsi composé : Président d’honneur : Docteur Vigoureux ;
président : M. Vander ; vice-présidente : Mme Gregod ; secrétaire général : M.
D. Ellis ; secrétaire adjointe : Mme J. Reynaud ; trésorier : M. F. Reynaud ;
conseiller : M. Gémalaud ; bibliothécaire : M. Pelletier. Siège social : 8, rue
de Paradis, Marseille.
Signalons que le premier geste de la nouvelle association a été de nous
adresser, pour la souscription de solidarité, la somme de 125 francs, ce dont
nous la remercions vivement. »

C’est ainsi que dans les numéros de Vivre qui suivirent, les annonces
concernant les activités de l’Association Libre-Culturiste de Provence
côtoieront celles des Naturistes de Provence.
Dans le numéro 96 du 1er juillet 1931, on apprend que :
« L’Association Libre-Culturiste de Provence a été déclarée à la Préfecture des
Bouches-du-Rhône le 18 mai 1931.
Les libres-culturistes de Provence avisent leurs camarades culturistes
appartenant aux diverses associations régulièrement constituées, de passage à
Marseille, qu’ils seront heureux de les recevoir au siège, permanence les mardis
et vendredis de 19 à 20 heures. En outre, les camarades qui désirent séjourner
dans la ville peuvent trouver au siège l’adresse d’un hôtel (en plein soleil),
accordant une réduction sur les prix marqués, ainsi que d’un restaurant
végétarien.

Les propriétaires possédant terrains, campagnes ou fermes à louer ou à vendre
dans la région de Marseille seront priés de le communiquer au siège. Signé : D.
Ellis. »
Nous voyons donc clairement que la scission des deux groupes est maintenant
bien établie dans les faits mais surtout dans les esprits. Tandis que par la
force des choses (de l’Administration surtout), les Naturistes de Provence se
replient peu à peu sur eux-mêmes, les Libres-Culturistes de Provence, sous
l’impulsion de Dudley Ellis continuent leur politique d’ouverture, restent
ouverts à tous et le proclament haut et fort. Pour accueillir le plus de
sympathisants possible, ils cherchent maintenant à se doter d’un nouveau terrain
afin de créer leur propre centre gymnique. Ce qui ne va pas tarder à se
produire.
Ellis lance maintenant des invitations, comme dans le numéro 98 de Vivre du
1er août 1931 :
« INVITATION : L’Association Libre-Culturiste de Provence, 8 rue Paradis,
Marseille, rappelle aux camarades culturistes internationaux qu’ils seront les
bienvenus dans leur siège les jours de permanence mardi et vendredi de chaque
semaine de 19 à 20 heures.


En Provence, le temps est toujours beau, le soleil dore les épidermes et
donne la vitalité au corps humain. Amis culturistes, venez en Provence.
Le Secrétaire général : Dudley Ellis. »
Un peu plus loin, le rédacteur de Vivre écrit :
« Nous avons le plaisir d’annoncer que notre ami M. le Docteur Fenouil,
président des Naturistes de Provence, vient d’être père d’une belle fillette
qu’il se propose d’élever, comme ses autres enfants, selon les données de la
libre-culture. Nous publierons d’ailleurs dans l’un de nos prochains numéros,
des observations du Docteur Fenouil : « Comment élever un bébé selon les
méthodes naturistes ». »


Dans le numéro 99 du 15 août 1931 :
Les Naturistes de Provence : « Chaque dimanche, pour faire diversion aux
réunions au Centre, des sorties-excursions sont organisées dans les environs de
Marseille. Les camarades s’y rendent nombreux. Ces sorties sont en effet très
intéressantes, toujours agrémentées de bains de mer, et même certains camarades
en profitent pour faire du camping. Nous serions heureux de voir se joindre à
nous, pour ces sorties, les camarades étrangers que l’Administration n’a pas
autorisé à se rendre au Frioul, et dont nous regrettons la non-assiduité à nos
permanences.

Nous invitons également tous les naturistes de passage à Marseille
appartenant aux groupes des autres villes (munis d’une carte de leur président)
et que nous ne pouvions non plus recevoir dans notre Centre (…) L’Association
cherche activement dans la banlieue de Marseille une propriété pour établir un
nouveau centre, libre et d’accès plus facile que le Frioul. Les lecteurs de
Vivre qui connaîtraient une telle propriété, à vendre ou à louer, seraient
aimables de nous l’indiquer. »



L’Association Libre-Culturiste de Provence : « L’association a délégué
quelques-uns de ses membres auprès des camarades suisses, allemands et belges.
Ces camarades sont partis pour une tournée de 3000 km. Voilà, certes, un
excellent témoignage de fraternité international qui contribuera à resserrer les
liens entre culturistes de pays étrangers et favoriser ainsi le développement de
la paix humaine (…) Excursions et sorties en perspective. D. Ellis »
Dans le numéro 100 du 1er septembre 1931 :
«Nous avons le plaisir d’annoncer que les délégués de l’Association
Libre-Culturiste de Provence viennent de rentrer de leur voyage d’étude et de
propagande en Allemagne après avoir accompli une randonnée de 5500 km et se
déclarent enthousiasmés de l’accueil qui leur a été fait dans tous les camps
étrangers. Dans des prochains numéros de Vivre, il sera rendu compte d’une façon
plus détaillée de ce voyage. Monsieur Vander, président de l’association
remercie les présidents des différents groupements suisses et allemands pour
l’excellent accueil qui a été réservé aux délégués de son association. M. Vander
espère que les culturistes allemands voudront bien lui rendre visite le plus tôt
possible, permettant ainsi d’entretenir des relations de plus en plus cordiales
entre culturistes étrangers vers un but de solidarité international dans un
idéal de paix. »
Dans le numéro 101 du 15 septembre 1931 :
« L’Association Libre-Culturiste de Provence dispose maintenant d’un parc privé
qu’elle s’ingénie à mettre en état. Elle fait appel aux dons tels que tentes,
matériel de travail, etc… pour l’aider à s’installer. »
Tandis que dans ce même numéro, un responsable belge rend visite à ce ménage
naturiste d’Arles dont l’adresse lui avait été communiquée par les Naturistes de
Provence et qui reçoit souvent des amis de passage dans la région : « Qu’il soit
remercié ici des heures délicieuses que j’ai passées dans cette atmosphère où
tout revit l’antiquité et son culte de la Beauté. J’ai pu voir là-bas ces
personnes vivant une vraie vie naturiste dans toute l’acceptation du mot. »
Il faudra attendre le numéro 103 du 15 octobre 1931 pour en savoir un peu plus
sur ce nouveau centre :
« A l’Association Libre-Culturiste de Provence, le parc de « Val Délices »
s’aménage, 3000 mètres viennent d’être mis en état et les adhérents continuent
de l’agrandir à leurs moments de loisirs. »
Et dans le numéro 106 du 1er décembre 1931 :
« Grande activité au « Val délices ». On y procède actuellement au montage de la
palissade de clôture. Trois cents cyprès reçus de l’administration des Eaux et
Forêts ont été mis en terre. Quinze cents mètres de fil de fer barbelés cloués
sur des piquets. La tranchée de la canalisation d’eau a été également commencée
et parcourt plus de cent mètres. De vastes projets sont à l’étude afin de rendre
ce centre le plus attrayant possible. »

L’année 1931 se termine et si les Libres-Culturistes de Provence menés par
Ellis ont trouvé leur terrain, il faudra encore quelques mois aux Naturistes de
Provence pour trouver le leur. Malgré les entraves de la mairie de Marseille
avec pour corollaire l’abandon du Frioul, les problèmes humains et financiers
liés à la scission, les nombreuses photos de l’époque sont là pour témoigner de
l’extraordinaire dynamisme des naturistes provençaux.
Que ce soit sur les sentiers des calanques, sur les plages isolées ou les
rochers mais aussi en des lieux plus étonnants comme les remparts
d’Aigues-Mortes ou les ruines des Baux de Provence, ces émouvants clichés nous
montrent que le naturisme en liberté ne s’est jamais aussi bien porté qu’en ce
début des années 30.
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