26 mai 2024

Faut-il aller au musée nu pour mieux apprécier l'art?

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benoit14000
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https://www.slate.fr/story/266402/visite-musee-nu-receptif-art-exposition-oeuvres-nudite-naturisme-vetements-artistes-james-turrell

Les visites guidées naturistes sont devenues, en deux décennies, des rendez-vous réguliers pour d'incontournables musées du monde entier.

La semaine dernière, j'ai été invitée par un musée néerlandais à visiter une exposition dans le plus simple appareil. Après mûre réflexion (ce qui m'a pris environ une seconde, en comptant le laps de temps qu'il m'a fallu pour sortir de mon état d'hébétude), j'ai décidé de la décliner. Qu'auriez-vous fait à ma place?

Tout le monde n'est visiblement pas aussi prude que je le suis: le musée a même dû ajouter une deuxième date, la visite naturiste ayant été prise d'assaut. Ça m'a laissée aussi dubitative qu'impressionnée.

À mon avis, la vraie question n'est pas: «Seriez-vous capables de vous déshabiller intégralement pour visiter une exposition?» Mais plutôt: «Pourquoi faudrait-il déambuler à poil dans un musée public, en groupe, pour admirer des œuvres d'art?» Que peut-on attendre de ce genre d'expérience?

Allez, ne soyons pas faux-cul: quiconque a déjà tenté d'assister à une exposition parisienne bondée aura la même pensée que celle qui m'a traversé l'esprit. C'est-à-dire: comment se concentrer sur les œuvres si des dizaines de fesses en obstruent la vue («Ne pas baisser les yeux, ne pas baisser les yeux» serait un mantra spontanément scandé par les non-habitués)?

La vérité nue

Le musée Leopold de Vienne (Autriche) possède la plus grande collection des œuvres d'Egon Schiele, ainsi que des milliers d'autres signées Gustav Klimt, Oskar Kokoschka ou Josef Hoffmann. En 2005, l'entrée à son exposition «The Naked Truth» («La vérité nue», en référence à la célèbre œuvre de Klimt), consacrée à l'art érotique des artistes viennois du début du XXe siècle, était offerte aux visiteurs en maillot de bain ou nus.

Ses fondateurs Rudolf et Elisabeth Leopold y voyaient un clin d'œil revanchard à la censure puritaine, qui avait valu à Egon Schiele et Gustav Klimt d'être considérés comme des artistes scandaleux jusque dans les années 1960. De quoi attirer les voyeurs? Une possibilité qu'Elisabeth Leopold déclarait «devoir assumer», car leur but était de «défendre la vérité».

 

Le directeur de l'établissement, moins lyrique, expliquait que l'idée était surtout née de la vague de chaleur qui frappait Vienne cet été-là, tout en rappelant les réactions scandalisées qu'avaient pu générer les œuvres de Gustav Klimt, d'Egon Schiele et de leurs acolytes un siècle plus tôt.

Le musée Leopold a récidivé en 2013, avec une exposition réservée au nu masculin. Cette fois, les portes du musée étaient fermées aux «textiles». Le musée des Beaux-arts de Montréal (Canada) en a fait de même en 2016 avec une exposition des photographies de nus de Robert Mapplethorpe. Mais des thèmes bien différents ont inspiré des initiatives similaires.

Être nu aide-t-il à réfléchir?

Ça n'a plus rien de nouveau, bien entendu. En France, le musée d'art contemporain (MAC) de Lyon est par exemple coutumier du fait. Alors, de l'intérieur, ça donne quoi? On se gèle, a constaté Thomas Rogers, intrépide journaliste du New York Times. Évidemment, dans un souci de conservation des œuvres, la température des salles ne devait pas dépasser les 21°C. Mais ce qui est bénéfique aux œuvres l'était peut-être moins à certaines parties de son anatomie. Ne me jetez pas l'opprobre, lecteurs, je suis certaine que vous y avez pensé aussi.

Thomas Rogers a ainsi bravé le froid au Palais de Tokyo à Paris en 2018, pour une exposition qui comprenait notamment l'installation de Neïl Beloufa, L'ennemi de mon ennemi. Cette fois, pas de tableaux de nus mais «un dispositif scénographique représentant de façon chaotique et parcellaire la manière dont s'écrit l'histoire et se légitiment les pouvoirs». Il fallait donc réfléchir et ne pas se contenter d'être contemplatif: un challenge de taille. L'une des visiteuses a confié à Thomas Rogers avoir ressenti une interaction plus intime avec les œuvres grâce à sa nudité.

L'Association des naturistes de Paris avait organisé l'événement (qui aurait reçu 30.000 réponses positives pour 160 places réparties en six groupes). Son directeur confiait à Thomas Rogers trouver la nudité tout à fait adéquate dans le contexte, pour ce qu'il considère comme sa capacité à imposer une égalité sociale et politique. «Si les leaders de ce monde se rencontraient nus, ils garderaient leur calme.»

Cela m'a remémoré une scène clé de la série Les Soprano, qui se passait dans un sauna. La nudité y était pour Paulie un moyen de tester la loyauté de Pussy, dans un rapport de force au suspense haletant. Imaginons un instant Vladimir Poutine et Emmanuel Macron… Mais je m'égare.

Puritain, mais pas trop

Et puis, il y a les artistes qui décident que leur art devrait être expérimenté nu. Comme l'Américain James Turrell, qui a proposé au Japon puis en Australie une visite dévêtue de ses installations. Sachant que James Turrell, le maître absolu du mouvement Light and Space des années 1960, est un quaker, l'annonce m'a surprise: le mouvement religieux est réputé pour son puritanisme.

Ses membres s'appelaient à l'origine, au XVIIe siècle, «les enfants de la Lumière», mais c'est son année en prison qui a inspiré à James Turrell son art. Il a été arrêté en 1966 pour antimilitarisme, protestant contre la guerre du Vietnam. Rendons hommage à cette cellule exiguë et sombre qui a indirectement donné naissance à ces espaces et œuvres multisensorielles à grande échelle et absolument uniques, qui révèlent la nature environnante et domptent la lumière comme personne d'autre n'a su le faire. À 80 ans, l'artiste californien continue de créer et on espère qu'il continuera de le faire aussi longtemps que Pierre Soulages.

La National Gallery of Australia de Canberra proposait ainsi des visites nues de la rétrospective dédiée à James Turrell. Une fois de plus, les billets pour les trois visites prévues se sont arrachés. Comme les vêtements, oserais-je dire.

Éloge de la désobéissance

Pour James Turrell, la lumière fait partie de notre alimentation: «Sans vitamine D, nous avons de sérieux problèmes d'équilibre de la sérotonine et on devient déprimé. […] Nu, notre corps entier peut ainsi profiter pleinement de la lumière.» Un critique d'art a jugé cette injonction à la nudité –et donc à la vulnérabilité– «arrogante» de la part de Turrell.

Une de ses collègues, Monica Tan, raconte avoir adoré la sensation de désobéissance éprouvée, quand le groupe de visiteurs a dû traverser le musée et passer devant des œuvres à la portée historique, «dans cette institution grandiose», «avec tous ces nichons et ces bites qui se balançaient comme des pendules» (un peu comme dans la scène finale de Saltburn?).

Le malaise éprouvé au début se dissipe vite; la journaliste compare la variété des corps exposés à un «bol de fruits humains». Je ne suis pas certaine que les visiteurs aient absorbé tant de vitamine D que ça, mais il y avait beaucoup de sérotonine dans l'air. Monica Tan décrit l'euphorie qui s'est emparée des visiteurs en entrant dans Sight Unseen de James Turrell, un espace à la lumière colorée intense mais jamais aveuglante, qui fait disparaître les limites de la pièce. «Comme nager dans une piscine emplie de lumière.» Clairement, la nudité semblait conférer à l'expérience une dimension autre.

Visites nues, visites bues

J'ai compris Monica Tan. Il y a quelques années, j'allais me réchauffer un jour d'été (austral) glacial au musée d'Art ancien et nouveau (MONA), à Hobart (Tasmanie). Ce fameux musée irrévérencieux et génial a révolutionné la muséographie actuelle –et il est un sacré terrain de jeu pour James Turrell, qui y règne en maître. Au MONA, il y a des vignes. On incite d'ailleurs les visiteurs à goûter la production locale dès le transfert en ferry, à 10 heures du matin, pour se perdre dans ses méandres principalement souterrains, plongés «dans un état de plaisante rêverie et d'anxiété modérée». Et comme je ne voulais paraître ni impolie, ni coincée…

Les visites de l'installation Event Horizon de James Turrell étaient à heure fixe –une seule personne pouvait y entrer, accompagnée d'un guide. L'œuvre était stratégiquement installée près du bar. L'occasion de découvrir sur les conseils de mon guide (et avec modération) un autre cru du MONA. Vers 11h30, je pénétrais dans l'antre colorée totalement réchauffée et dans un état d'esprit très, très positif. Immergée dans la lumière, j'avais l'impression de flotter dans un univers flou et dépourvu de cadre. Une expérience hors du monde et rien que pour moi. À l'exception de mon guide, lequel affichait un air aussi béat que le mien.

Un critique d'art a déclaré y avoir ressenti un «orgasme mental». Peut-être avait-il goûté plus de millésimes que moi? Je me garderais bien de juger. Et l'expérience était inouïe. L'aurait-elle été encore plus sans vêtements? Impossible de le savoir. Si, dans ce contexte précis, on m'avait proposé de les enlever, je ne suis pas certaine que je l'aurais fait. En revanche, la proposition ne m'aurait pas parue totalement incongrue.

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