25 juin 2024

Le Figaro Madame. La peau, la chair, les courbes: quand la nudité fait débat

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PhilE
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Long article qui par chance est accessible en totalité.

https://madame.lefigaro.fr/societe/la-peau-la-chair-les-courbes-quand-la-nudite-fait-debat-20230604

 

La jeune philosophe naturiste Margaux Cassan a publié un nouvel ouvrage intitulé Vivre nu. Lisa Maree Williams

La peau, la chair, les courbes… quand la nudité fait débat

@media (min-width:48em)">À l'ère d'une érotisation des corps sur les réseaux sociaux, la nudité dans sa plus simple expression continue de choquer. Philosophes et artistes s'emparent de ce paradoxe.

 

En vidéo, La robe transparente, les ressorts d'un phénomène planétaire

 

Corps libres et imparfaits

Free the Nipple, mouvement féministe contre la censure sur Instagram. Catherine Fornieles

Au dernier Met Gala de New York dédié à Karl Lagerfeld, les corsets et les robes transparentes, baptisées naked dress, étaient légion. Kylie Jenner, Gigi Hadid, Ashley Parks ou encore la chanteuse Billie Eilish y dévoilaient des versions outrageusement assumées de leur féminité. Au même moment, des milliers d'instagrammeuses dans les quatre coins du monde, dont la chanteuse et mannequin franco-canadienne Charlotte Cardin, tentaient de braver les interdits du réseau social en postant des images artistiques de seins nus, se faisant censurer dans la foulée. Réaction immédiate à travers le hashtag #FreeTheNipple (Libère le téton), une campagne virale faisant écho au scandale du nipplegate quand la chanteuse Janet Jackson dévoila un sein, par accident, durant le Super Bowl de 2004.

En vidéo, L'incident de la prestation de Janet Jacskon et Justin Timberlake au Super Bowl

Représenté dans l'art, le cinéma, la mode et la publicité, dans sa pureté biblique ou à peine recouvert, le corps reflète à la fois les standards esthétiques d'une époque et ses éternelles contradictions. Selon quels critères la nudité est-elle autorisée ? Quand se dénude-t-on, devant qui ? «C'est à n'y rien comprendre, sauf à s'apercevoir combien la nudité nous gêne, vermille nos tabous comme le sanglier fouille la terre pour y trouver des vers», écrit la jeune philosophe naturiste Margaux Cassan dans son nouvel ouvrage intitulé Vivre nu (Ed. Grasset). Elle conseille d'ailleurs de se débarrasser du bijou et du vêtement, qui marquent l'appartenance culturelle et sociale, et de se concentrer sur le corps nu.

Elle raconte aussi que lorsqu'elle fouille dans ses plus beaux souvenirs d'enfance, elle a du mal à les imaginer habillés. Jeune, elle a passé beaucoup de temps avec sa tante et son oncle naturistes, en les admirant «jouer de la musique et vivre nus». Dans son récit, elle nous conduit donc dans l'univers du naturisme et dresse une cartographie de ce mouvement : des premières communautés libres formées par des anarchistes au début du XXe siècle aux utopies des années hippie, en passant par le village familial où s'est écoulée son enfance, jusqu'au libertinage de l'île du Levant.

Les communautés naturistes, au contraire, sont des safe places où la diversité entre les corps, et même entre les genres, est lissée, car il y a une absence de modèles

Margaux Cassan

Selon Margaux Cassan, la nouvelle tendance qui consiste à ne plus laisser les enfants dénudés à la plage n'est pas une précaution qui les protège réellement contre d'éventuels comportements pervers. Ces derniers sont beaucoup plus engendrés par les regards indiscrets sur les réseaux sociaux. «Notre intimité est constamment violée, explique-t-elle. Quand vous vous mettiez en topless sur une plage il y a trente ans, vous ne risquiez pas d'être capturée par le téléphone d'un inconnu à votre insu, pour ensuite vous retrouver peut-être nue sur une plateforme publique.» Selon la philosophe, l'omniprésence des images mises en scène crée une peur d'éternité – l'image reste – qui dissuade les gens de se dévoiler dans leur nudité.

«Les communautés naturistes, au contraire, sont des safe places où la diversité entre les corps, et même entre les genres, est lissée, car il y a une absence de modèles, dit-elle. Ce sont des corps libres et imparfaits qu'on ne voit jamais dans les films, la publicité ou les réseaux sociaux.» Son témoignage interroge aussi sur ce que la nudité dit d'une société obsédée par la question de la chair, mais incapable de montrer la sienne sans la maquiller. La philosophe explique avoir brandi la nudité comme une forme de revendication quand elle a réalisé que dans le regard des autres, celle-ci représentait «une transgression, une source de fantasmes, voire un délit comme l'est la publication d'un pubis sur les réseaux sociaux».

Inversion des tendances

Pochette de l'album de la chanteuse Rosalía. Rosalía

Sur ces derniers, le corps fait signe de toutes parts tandis que sa matérialité ne cesse de nous glisser entre les mains. On remarque de plus en plus de publications d'images qui suggèrent le nu sans le représenter : des femmes tenant un fruit coupé en deux entre les jambes (la chanteuse Rosalía) ou autre imagerie du même acabit. «Il y a une vraie problématique actuellement autour de la représentation de la nudité. Où que l'on soit, elle est bannie par la conscience morale qui nous vient d'une Amérique très puritaine, explique la sociologue Elsa Godart. Autant le corps nu était banalisé dans les années 1970, autant il est beaucoup plus compliqué de l'exposer de nos jours, alors que la pornographie non sollicitée, non désirée est très présente.»

Il y a une surexposition de l'intime aux confins de l'exhibitionnisme

Elsa Godart

Elle dépeint une «société des masques». «D'une part, il y a une surexposition de l'intime aux confins de l'exhibitionnisme – on entend les jeunes parler ouvertement de leurs problèmes et questionnements dans les podcasts, les réseaux sociaux ou les séries Netflix, poursuit-elle. De l'autre, on voit partout des images qui utilisent le filtre Nude, signifiant nudité, ce qui induit en erreur puisque, paradoxalement, il cache les imperfections !» L'inversion des tendances suit parfois une logique incontestable. Les publicités Aubade des années 1990, dans lesquelles le visage était souvent absent, ne seraient plus acceptées aujourd'hui. «Elles faisaient du corps féminin un objet sexuel pour le désir de l'homme», poursuit Elsa Godart. «Il est fondamental de trouver de nouvelles règles pour montrer la nudité, mais il ne faut pas pour autant l'éliminer ! Le problème des interdits moraux excessifs, c'est qu'ils génèrent des réactions perverties de subversion encore plus extrêmes. Ne pas montrer la nudité, comme si elle était devenue honteuse, n'aide en rien les femmes.»

Puritanisme et hypersexualisation vont en général de pair. Plus on pose de tabous sur un corps en le couvrant, plus on suggère que derrière celui-ci il y a une intention érotique. Dans la sphère de la mode, le débat n'est pas moins complexe. Célèbre top-modèle britannique et performeuse, Bianca O'Brien se souvient de la façon dont la nudité a représenté une obligation à laquelle les mannequins pouvaient difficilement se dérober sans conséquences néfastes pour leur carrière. Lorsqu'elle a commencé très jeune son métier dans les années 1990, la pression était constante.

«Aujourd'hui, dit-elle, les femmes sont plus nombreuses derrière les appareils photo, elles peuvent montrer leurs semblables autrement en faisant évoluer le regard que nous portons sur ces dernières. Mais, il y a vingt ans, 80 % des images de mode étaient prises par des hommes. Ils avaient des techniques de manipulation très persuasives pour dévêtir intégralement leurs modèles. Beaucoup de mannequins se sentaient forcées et faisaient semblant de ne pas le montrer.» À cette époque, Kate Moss, icône de mode libertine, posait nue. «L'argument était le suivant : “Kate est supercool et elle est en phase avec sa nudité. Pourquoi pas toi ?” La top britannique a fini par admettre qu'elle avait été contrainte et que cela l'avait traumatisée», poursuit Bianca O'Brien, qui raconte aussi que c'est seulement des années plus tard qu'elle a enfin accepté de dévoiler sa nudité.

La nudité est un acte d'abandon de soi merveilleux

Bianca O'Brien

«J'ai travaillé avec des photographes à la frontière entre l'art et la mode, comme l'extraordinaire Juergen Teller, qui explore la nudité et ses significations sociales, ou encore Jérôme Sessini, qui a pris des nus de moi si beaux que l'on dirait des tableaux. La nudité est un acte d'abandon de soi merveilleux, et m'y confronter m'a aidée à me réconcilier avec des parties de mon corps que je n'aimais pas.»

Miroir de l'âme, la nudité a été explorée par des maîtres de la photographie comme Man Ray, Cartier-Bresson, Helmut Newton, Robert Mapplethorpe, sans oublier, plus récemment, Cindy Sherman et Vanessa Beecroft. Charlotte Rampling, muse insaisissable des photographes raconte : «L'image possède une vertu curative parfois, comme une psychanalyse. L'obscénité n'a qu'accessoirement besoin du nu, tandis que la nudité peut n'avoir rien de licencieux», dit celle qui s'est laissé immortaliser juste vêtue d'un boa de fourrure et d'une culotte rouge par Juergen Teller. Pour certains artistes-photographes aujourd'hui, le corps nu est un objet politique en soi à travers lequel faire passer des messages qui éduquent le regard.

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Un regard hors des clichés

Parmi eux, la jeune et très talentueuse photographe parisienne Marguerite Bornhauser. Elle a récemment réalisé une série de magnifiques portraits de femmes nues de plus de 40 ans, en s'associant au collectif féministe belge Hanami 40 +, pour offrir un regard hors des clichés. «On ne montre pas assez ce type de nus, parce qu'on en a peur, explique-t-elle. Je trouve qu'on manque de bienveillance sur la beauté d'un corps moins jeune. Souvent, par déficit de fantaisie, on reste bloqué sur des canons dictés par une vision ancienne et idéalisée, alors que les imperfections apportent du grain et de la sensualité à une image de nu. Comme dans tous mes projets, j'ai mis en place des lumières douces qui apportent une distance et rendent le dépouillement moins cru.»

En réalité, la nudité n'est pas moins présente en art aujourd'hui. Elle s'affiche même à la Fondation Cartier à travers l'exposition de Ron Mueck, montrant des sculptures hyperréalistes de son corps obscènement énorme ou maigre, ou encore avec le travail de Charles Ray sur la statuaire grecque à la Fondation Pinault. «Le nu n'est pas absent. C'est sa nature qui a changé, explique l'historien d'art et commissaire d'exposition Jean de Loisy, ancien directeur du palais de Tokyo et de l'École des beaux-arts de Paris. La nudité que l'on voit actuellement en art et dans la société ne nous engage pas dans la complexité du désir. Elle évoque l'immortalité des nus grecs ou elle parle d'un nu douloureux, parce que agressé – comme le montre le travail de la plasticienne britannique Tracey Emin.»

Selon Jean de Loisy, le nu en art ne renvoie plus à la force d'interaction sensuelle entre les êtres. «Ce sont des corps extrêmement réalistes, capturés dans leur douleur existentielle ou revendicative - les nus de Miriam Cahn, par exemple, qui sont exhibés pour dénoncer.» Autrement dit, selon l'historien, nous avons désarmé Vénus. «Quand on regarde le tableau Vénus et Cupidon, de Bronzino, on voit les dieux s'amuser des passions humaines qui sont éveillées par Éros. Aujourd'hui, ces thématiques ne sont plus abordées en art et on perd quelque chose de la complexité et de la chaleur entre les êtres.»

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Juergen Teller, photographe: «La nudité est une façon naturelle d'être»

«Je ne me considère ni comme un photographe d'art ni comme un photographe de mode, mais comme un photographe qui produit du travail. Quand j'ai photographié Malgosia (la top-modèle Malgosia Bela, NDLR) nue sur le canapé de Sigmund Freud, je voulais explorer avec elle les émotions de l'âme humaine. Ce type de travail demande une confiance réciproque totale, un désir de partage. Il n'y a pas beaucoup de nudité dans l'ensemble de mon travail. Mais j'ai photographié Kristen McMenamy nue à 45 ans, ou encore Vivienne Westwood et Charlotte Rampling lorsqu'elles avaient la soixantaine. J'ai aimé les prendre en photo – et poser parfois avec elles – parce que nous étions liés par un lien très fort d'amitié. Il y avait une compréhension profonde entre nous. Je les respecte. Pour moi, en tant qu'Allemand, la nudité est une façon naturelle d'être. Lorsque j'ai commencé mes autoportraits, je ne voulais pas être associé à une quelconque tenue vestimentaire. La nudité m'a permis d'être plus direct. C'est ainsi que l'on naît, c'est ainsi que l'on est. J'aime les formes et la couleur de la chair. Pour chaque photo, je m'interroge : “Comment ce travail peut-il être meilleur ?” Il s'agit d'être pur et honnête. Ce que j'aime est la douceur intrinsèque de ces moments d'abandon.»

Juergen Teller est l'auteur de Donkey Man and Other Stories .

Joana Preiss, artiste et performeuse : «La nudité trouve tout son sens quand elle est liée à une narration»

«Tout corps nu peut être troublant, touchant, intrigant. Il y a quelque chose d'émouvant dans la nudité. Tout dépend du regard qui est posé sur elle. À l'époque où Nan Goldin m'a photographiée nue, nous explorions ensemble une quête de l'intime. Le nu, c'est une histoire de consentement et de vérité. Nan Goldin capture des éclats de la vie, de la gestuelle et de l'expression du corps, tout comme Juergen Teller qui photographie l'âme. Je me demande pourquoi, de nos jours, la nudité banale et parfois vulgaire que l'on voit à travers une profusion d'images sur Internet est acceptée, alors que l'on censure de plus en plus la nudité artistique. Je suis performeuse, et le corps est l'un de mes outils fondamentaux. La nudité trouve tout son sens quand elle est liée à une narration – théâtrale, photographique, cinématographique ou picturale. La nudité en art est habillée d'un propos.»

 
 
 
 
1 Réponse
cendrinox
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Et si je dis simplement qu'être une femme n'implique pas obligatoirement aimer se faire flashouiller, même en étant satisfaite de sa carcasse, est-ce que ça choque encore ?

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