30 novembre 2022

Marseille : une calanque pour les nudistes

Un collectif vient de demander un arrêté municipal pour faire de la calanque des Pierres-tombées une zone naturiste de baignade. Cette reconnaissance officielle serait une première à Marseille où la pratique n’est, pour l’heure, que tolérée

“J‘en suis addict. Quand je suis au travail, j’y pense et je languis de la retrouver.” Quand elle évoque la calanque des Pierres-tombées, Anne-Marie Catella semble parler d’un compagnon ou d’un membre de sa famille. Il faut dire que ce lieu, cette Marseillaise le fréquente depuis plus de 40 ans… Nue. Car en plus d’être un site de balade et de baignade remarquable, la petite plage cachée derrière le rocher du Torpilleur de Sugiton (9e) est un lieu reconnu pour les naturistes. Une pratique qui, pour l’instant, n’est que tolérée dans la deuxième ville de France.

Calanques de Marseille. Calanque des Pierres Tombées et rocher du “Torpilleur” près de la calanque de Sugiton

Anne-Marie Catella a donc monté un collectif pour demander un arrêté municipal, afin que sa calanque préférée soit enfin officiellement reconnue comme une zone naturiste. Paraphée par près de 100 signataires, la demande en bonne et due forme est arrivée sur le bureau d’Hervé Menchon, adjoint au maire (EELV) en charge de la Mer, qui recevait mercredi une petite délégation de pratiquants, bien vêtus pour l’occasion.

Je vais aux Pierres-tombées depuis 1978 et ça a toujours été un lieu fréquenté par les naturistes, confie Anne-Marie Catella. On s’y baigne toute l’année, on profite de la nature, on entretient un petit jardin. Une petite communauté s’y est créée dans laquelle chacun est le bienvenu. Cette calanque, et le naturisme en général, c’est d’abord un espace de liberté et de communion avec la nature.

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“Ce site, c’est d’abord un espace de liberté et de communion avec la nature.”

Dans les années 30, le naturisme était déjà pratiqué dans les calanques. Le périmètre qui pourrait être “classé” naturiste.PHOTO S.M.

Un espace que les habitués du site sentent menacé. “Le Parc est de plus en plus fréquenté, notamment à Sugiton, poursuit Anne-Marie Catella. Quand les badauds voient qu’il n’y plus de place dans la calanque, ils s’installent aux Pierres-tombées. On se retrouve à faire la police, à devoir nous justifier, à gérer les voyeurs et les bateaux qui s’installent n’importe comment… Reconnaître le site serait un moyen d’éclaircir les choses et de pouvoir sauvegarder une pratique.

Car selon les signataires de la demande d’arrêté municipal, c’est le naturisme qui pourrait disparaître si la Mairie ne fait rien. “En quarante ans, j’ai vu le rapport au corps beaucoup changer. Dans les années 70, la nudité était un moyen de nous libérer et d’être au plus proche de la nature, se souvient Anne-Marie Catella. Marseille est une ville assez machiste et on sent que les filles, notamment, ont beaucoup de mal à se dénuder.C’est aussi une question d’émancipation.

Du côté du Parc national des Calanques, on ne pousse pas pour l’officialisation d’un lieu mais on précise que le “naturisme est inscrit dans la charte du Parc, comme un élément culturel non négligeableC’est un public avec lequel on travaille et avec lequel nous avons des choses à construire“, indique-t-on au PNC. Tout le monde semble donc d’accord. Reste à la Ville de trancher. “Pendant longtemps, les communes ont joué sur le flou. Le naturisme ne faisait pas de vague et les maires ne voulaient rien officialiser pour ne pas faire face à une éventuelle opposition, explique Bruno Saurez, président de l’association naturiste phocéenne. Mais il faut aujourd’hui une décision politique pour ne pas reléguer cette pratique au fin fond des calanques.” Du courage d’enlever le bas au courage politique, il n’y a qu’un pas, pour faire perdurer cet élément patrimonial du littoral marseillais.

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Marseille, ville pionnière pour la pratique du naturisme

Pose naturiste en 1930, sur le lazaret de l’hôpital Caroline, au Frioul.PHOTO DR

Marseille est l’une des premières villes où on a pratiqué le naturisme en France. C’est en tout cas l’avis de Bruno Saurez, président de l’association naturiste phocéenne et auteur de 120 ans de naturisme à Marseille. “C’est à Berck-sur-Mer, dans le Nord, et chez nous que l’on retrouve les premiers naturistes de France, raconte Bruno Saurez. En 1907, l’abbé Urbain Legré introduit la pratique à Marseille. Il le préconise notamment pour soigner le rachitisme ou la tuberculose. Et ce sont certains de ses disciples qui vont fonder en 1930 la première association de naturiste de France, à Marseille. Les Libres culturistes de Provence vont suive en 1931.

Ces deux associations vont perdurer jusqu’à la fin du XXe siècle, faisant de Marseille l’une des rares communes à compter plusieurs structures. “Jusqu’aux années 50, le naturisme était pratiqué dans toutes les calanques. À En-Vau ou Port-Pin, les baigneurs nus et habillés se côtoyaient sans problème. Sur le Frioul, aux Goudes, on trouvait des coins naturistes, énumère Bruno Saurez. Il y avait même un centre naturiste, au Lapin blanc, traverse Parangon (8e), avec un camping et des terrains de sport dédiés.

Une place forte du naturisme donc, qui va également voir des médecins s’intéresser au sujet. “Au milieu des années 30, la Société naturiste de médecine va utiliser la pratique comme un outil de prévention, poursuit l’auteur. Ces médecins prônaient le naturisme mais aussi une alimentation équilibrée, la lutte contre le tabagisme… Des conseils précurseurs pour l’époque.

Mais l’âge d’or du naturisme marseillais va peu à peu s’éteindre. “Sans lieu officiel, le naturisme marseillais est devenu plus sauvage, conclut Bruno Saurez. Les Pierres-tombées ou le Mont-Rose sont devenus les coins les plus populaires, mais avec une pratique simplement tolérée. Il y a aussi des sites sur la Côte Bleue, à Ensuès-la-Redonne, mais sans autorisation formelle. Pour trouver des lieux officiels, il faut aller jusqu’à la Seyne-sur-Mer (83) ou vers la plage de Bonnieu, à Martigues, ou celle de Piémanson, près d’Arles.

La réaction d’Hervé Menchon, adjoint au Maire (EELV) en charge de la mer : “Un regard très bienveillant et sans tabou sur ce sujet”

Conseil des 9e et 10e arrondissements, à la mairie de Maison Blanche Ici Hervé MENCHON

Comment a été accueillie la demande du collectif pour la reconnaissance d’un site dédié à la pratique du naturisme ?
C’est une demande que je soutiens. Elle s’inscrit dans la reconnaissance d’un site historiquement marqué par cette pratique. Le cabinet du maire m’a également assuré de son ouverture sur cette question, qui ne génère aucune nuisance pour les autres usagers. Ce n’est pas un sujet futile et il ne faut pas minorer cette demande. Globalement, nous avons un regard bienveillant et sans tabou sur le thème.

Quelles vertus auraient la reconnaissance d’un site reconnu officiellement ?
Je suis un observateur des pratiques de la mer et du large. Et le naturisme est l’une d’entre elles. Elle rassemble les gens, ne pollue pas, n’engendre pas de conflits et nous avons le devoir de la faire perdurer. Le faire sur le site des Pierres-tombées a un sens particulier. Le naturisme y est pratiqué de façon raisonnable, dans une sorte de communion avec la nature. J’aurais été moins catégorique sur d’autres endroits du littoral, où la pratique peut s’accompagner d’une activité nocturne. Mais aux Pierres-tombées, la pratique doit être reconnue, encadrée et défendue.

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Comment procéder à cette officialisation sur le plan légal ?
Nous ne sommes qu’au début du processus. Et je dois avouer que je suis encore un peu dans le flou d’un point de vue législatif. Tout devra se faire en respectant la législation nationale et les services juridiques de la Ville devront travailler sur le sujet. La prise d’un arrêté municipal peut être envisagée. Les municipalités ont également la possibilité de recourir à des expérimentations et nous pourrions explorer cette voie sur ce sujet en cas de blocage législatif. Les études de faisabilité débutent à peine et beaucoup d’acteurs sont impliqués et je ne peux pas m’avancer sur un calendrier. Mais je veux être un facilitateur et nous avons la volonté de voir ce projet aboutir.

Un accident mortel et 15 ans de fermeture  

L’endroit avait tristement bien porté son nom. Le 5 février 2006, un pan de la falaise se décroche, au-dessus de la calanque des Pierres-tombées. Des blocs de plusieurs tonnes dévalent alors sur la plage en contrebas, écrasant un homme de 38 ans, mort sur le coup. Le drame conduit la Ville à interdire l’accès au site, par arrêté municipal. Un dispositif levé il y a seulement deux ans. Depuis 2006, des travaux de purges réguliers permettent de faire tomber les rochers les plus menaçants. “Le site est en accès libre” confirme-t-on du côté du Parc national, alors que la Mairie assure que “le secteur reste surveillé” et que “le public doit être informé des éventuels risques, comparables à ceux rencontré dans tous les massifs de montagnes“. Des panneaux sont censés avertir le public mais ils seraient souvent dérobés selon la Ville. 

Article Par Pierre Korobeinik

https://www.laprovence.com/article/societe/6704828/marseille-une-calanque-pour-les-nudistes.html

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BrunoSaurez
Member
BrunoSaurez (@brunosaurez)
27 mars 2022 14h56

Merci Gilles de partager ce chouette article 👍

PhilE
Active Member
PhilE (@phile)
27 mars 2022 23h45

En voici un autre:

https://www.20minutes.fr/marseille/3260247-20220327-marseille-calanque-pourrait-bientot-etre-reconnue-comme-site-naturiste

Marseille : Une calanque pourrait bientôt être reconnue comme site naturisteNATURISME Un collectif a demandé à ce que la calanque des Pierres-Tombées soit officiellement reconnue comme site naturiste, pour protéger le lieu comme ses pratiquants

  • comment image
    La pratique du naturisme est tolérée dans les calanques, mais celles-ci attirent aussi les voyeurs… — Martina Cristofani/SIPA
    Un collectif de naturistes marseillais a déposé une demande inédite sur le bureau d’Hervé Menchon, adjoint au maire EELV en charge de la mer, rapporte La Provence. Ces amoureux de la nature dans le plus simple appareil ont demandé par arrêté municipal que leur calanque préférée, celle des Pierres-Tombées (Marseille 9), soit officiellement reconnue comme site naturiste.

    L’adjoint au maire favorable à cette requêteA l’initiative de cette demande, Anne-Marie Catella, qui fréquente ce lieu depuis 40 ans, avec 100 autres signataires qui ont formé une petite communauté naturiste et craignent pour l’avenir de leur calanque préférée. S’ils pouvaient s’y retrouver tranquillement toute l’année, le site est de plus en plus fréquenté, d’où leur demande de reconnaissance officielle comme zone naturiste, pour éviter les désagréments et trouble-fête.
    Hervé Menchon les a reçus mercredi dernier et s’est déclaré très favorable à leur demande. Si la pratique du naturisme y est seulement « tolérée », Marseille est, avec Berck-sur-Mer en Normandie, l’une des premières villes de France à avoir vu apparaître le naturisme dès 1907. On le préconisait alors pour soigner le rachitisme et la tuberculose.

Oulstol
Member
Oulstol (@oulstol)
31 mars 2022 7h55

A bien y réfléchir, c’est vrai que c’est un premier pas vers éventuellement la reconnaissance d’autres calanques. Pour connaitre les Pierres Tombées, ce n’est pas le “spot” le plus accessible et le plus beau, mais si ça marche, bravo 👏, bravo pour cette belle avancée.

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